Contactez-nousPlan du siteAccueil
    
 
 

Actes de colloque

     

Médias et santé mentale

Symposium Rapport synthèse du symposium du 19 février 1998
Symposium 19 février 1998

Le premier symposium à réunir des acteurs des milieux des médias et de la santé mentale a eu lieu le 19 février 1998. L’objectif de cette rencontre : amorcer un débat entre ces deux mondes et poser les bases d’une problématique qui se répercute sur l’ensemble des Québécois, en l’occurrence le grand public. Le virage ambulatoire, la désinstitutionnalisation, les suicides et autres gestes « anormaux » sont autant d’événements mis en scène dans les médias écrits et électroniques. Les gens regardent, lisent, écoutent, discutent, mais ne possèdent pas toujours le discernement et l’information qui leur permettraient de relativiser l’importance de ces événements.

Synthèse des échanges du Symposium «Médias et santé mentale »

D’un côté, les éditeurs, rédacteurs et journalistes. Leur rôle : informer le public. Seulement, les journalistes ne jouissent pas d’une liberté totale. Ils doivent composer avec des contraintes de temps, d’espace et de budget, pour ne nommer que celles-ci. De plus, ils ne possèdent pas toujours des connaissances aussi spécialisées que l’exigerait le sujet.

De l’autre, les psychiatres, psychologues et professeurs. Leur rôle : renseigner les journalistes et les organismes communautaires. Par la nature de leur travail, ils recourent à un langage spécialisé, pointu, voire hermétique, rendant difficile la création d’un canal commun qui permette d’échanger. D’autant plus qu’il existe chez eux plusieurs écoles de pensée. Il est souvent difficile pour un journaliste de parler à la « bonne » personne.

Quelque part entre les deux groupes, les intervenants, animateurs d’émissions, présidents et directeurs d’organismes. Leur rôle est primordial : sensibiliser le public, dont les individus en détresse, à propos des problèmes de nature psychologique. Cependant, leur influence demeure limitée, parfois faute de ressources.

La diversité des intérêts et des devoirs de chacun des acteurs illustrent l’étendue de la problématique. Dans l’exposé qui suit, les idées et opinions recueillies au cours de la journée sont présentées selon des thèmes précis. De plus, nous avons cru important d’attirer l’attention du lecteur sur des éléments qui pourraient augmenter la cohésion entre tous les acteurs, ce qui bénéficierait au grand public.

Le rôle des journalistes

Une des principales questions débattues a été celle de la responsabilité des journalistes dans la formation du public. Bien qu’ils n’aient pas une tâche proprement éducative, les journalistes auraient tout de même un certain rôle d’éducateur populaire parce qu’ils diffusent de l’information pertinente à la compréhension des phénomènes sociaux. En raison du pouvoir médiatique, les journalistes contribuent substantiellement, bien qu’ils ne soient pas les seuls, à former l’opinion publique et, par conséquent, à alimenter les préjugés qui en découlent. Ils ont donc la responsabilité de ne pas promouvoir et de ne pas entretenir de fausses croyances causant préjudice à certains groupes ou individus. À ce sujet, Luc Granger, professeur titulaire au Département de psychologie de l’Université de Montréal, a signalé que les préjugés avaient beaucoup diminué dans les dernières années et que l’on doit cette amélioration au traitement journalistique. Il croit également que les journalistes devraient avoir un rôle de surveillance en ce qui concerne les droits de la personne, bien que cette tâche revienne surtout aux professionnels de la santé.

Les contraintes des journalistes

Plusieurs lacunes dans le traitement journalistique sont explicables, du moins partiellement, par les contraintes auxquelles les journalistes doivent faire face. Les limites de temps qu’ils ont à respecter les empêchent parfois d’approfondir le sujet. Les recherches deviennent par conséquent superficielles et les sources consultées sont souvent les mêmes. Les contraintes créées par les cotes d’écoute présentent un autre risque pour la qualité : les patrons veulent un produit vendable, sensationnel. Les journalistes ne doivent cependant jamais oublier que leur travail consiste à informer et non pas à divertir.

Les attentes face aux journalistes

Bien que le traitement journalistique de certains sujets ne puisse pas causer les maladies mentales, il pourrait tout de même agir comme un élément déclencheur chez les personnes « fragiles ». C’est pourquoi les journalistes devraient rapporter les événements violents en plaçant les faits dans leur contexte. Comme l’a mentionné Marc Laurendeau, les médias donnent l’impression d’avoir besoin « d’une bonne dose de mauvaises nouvelles ». L’image qu’ils projettent donne souvent une fausse idée de la société et peut entraîner un sentiment d’insécurité malgré la diminution de la criminalité des dernières années.

Reproches adressés aux journalistes

Plusieurs participants ont reproché aux journalistes d’être trop « collés » aux conférences de presse et aux politiciens. Les textes produits sont souvent superficiels, ne soulèvent pas les vrais problèmes et n’offrent aucune analyse critique. Bien que les magazines soient moins touchés par cette observation, ils tendent eux aussi à se contenter de sources peu variées et officielles, à toujours traiter les mêmes grands thèmes et à attendre les événements particuliers pour aborder un sujet. Selon Yannick Villedieu, journaliste aux Années Lumières, « les médias devraient être plus volontaristes et créer les sujets, les approches ».

Les journalistes spécialisés

Soulignée par plusieurs participants, la spécialisation des journalistes pourrait être un élément de solution aux lacunes de la couverture actuelle. Le journaliste spécialisé serait en mesure de suivre les dossiers sur une longue période, de connaître les sources disponibles, les enjeux, les contextes. Cependant, ce ne sont pas tous les médias qui peuvent «s’offrir» des spécialistes en santé mentale à temps plein. Dans le cas contraire, il serait sans doute possible d’affecter un journaliste bien renseigné aux événements ayant trait à la santé mentale. Toutefois, le langage utilisé devrait pouvoir être compris d’un large public.

Traitements et professions

La collaboration médias-intervenants pourrait être affectée par les ambiguïtés qui existent dans le domaine de la santé mentale. Il existe environ 200 écoles de pensées différentes, et les groupes d’intervenants militent pour l’approche qui leur est propre. Bref, les journalistes ne savent plus à qui s’adresser. C’est à partir de cette constatation que Luc Granger a suggéré de construire une banque d’intervenants qui désirent collaborer avec les médias et qui ont les compétences pour le faire. Dans le même sens, Claude Masson, éditeur adjoint à La Presse, a ajouté que la création d’une liste de différents organismes existants, avec leur domaine de compétence,pourrait faciliter le travail des journalistes.

Attitudes des intervenants

Les intervenants, en interdisant aux médias de parler de certains drames, ne facilitent pas le travail des journalistes. Au lieu d’interdire (on a rappelé le cas des suicides à Coaticook), les intervenants devraient plutôt inciter les journalistes à être créatifs dans le traitement de la nouvelle. Le rôle des professionnels est d’attirer l’attention sur les vrais problèmes, ce qu’ils ne font pas toujours. On parle constamment des problèmes dans les hôpitaux, alors que les cas de maladie mentale sont plus nombreux dans la communauté. Les intervenants et professionnels en santé mentale devraient donc s’impliquer davantage dans les médias et collaborer plus étroitement avec les journalistes. De même, les intervenants auraient avantage à profiter des pages d’opinion où, selon M. Villedieu, on retrouve souvent des articles intéressants, quoiqu’écrits par des non-journalistes.

Reproches adressés aux professionnels

Un des reproches adressés aux professionnels de la santé mentale, c’est qu’ils ne possèdent pas de formation pour communiquer avec et par les médias. En règle générale, «ils ne se mouillent pas», a affirmé Hélène David, professeure de psychologie à l’Université de Montréal. Ce qui peut être louable en regard de l’éthique professionnelle. Il devrait pourtant être possible aux professionnels de faire des compromis sans se «prostituer» et sans mettre de côté leurs exigences éthiques. Le manque de collaboration des professionnels a été soulevé de même que leur crainte d’être mal interprétés. Certains journalistes ont mentionné que « les professionnels rappellent souvent trop tard ». Selon Yves Lamontagne, psychiatre et président de l’AMPQ, « les intervenants en santé mentale devraient avoir une formation de contact avec les médias » afin de mieux comprendre les besoins de ceux-ci et faciliter ainsi une mutuelle collaboration.

Les occasions spéciales

La santé mentale suscite l’intérêt des journalistes lorsqu’elle se greffe facilement à l’actualité ; on utilisera un événement spectaculaire, une semaine de sensibilisation ou encore une journée spéciale pour introduire une analyse plus poussée. Ce n’est qu’une des façons de couvrir les sujets de santé mentale. Les professionnels et intervenants ne devraient pas attendre ces occasions spéciales pour fournir de l’information à la population par le biais des médias.

Le langage utilisé

Plusieurs participants ont mentionné un problème de langage. La terminologie (psychose, névrose, maniaco-dépression, border-line, etc.), utilisée par les intervenants et les professionnels est parfois mal comprise du public non initié, comme des journalistes. Il serait donc important que les mots et expressions relatifs au domaine de la santé mentale soient exempts d’ambiguïté afin de ne pas entretenir les préjugés déjà présents. Selon Hélène David, «les professionnels qui vulgarisent se sentent, en quelque sorte, rejetés par leurs pairs ; ce n’est pas bien vu dans le milieu». Malgré cette situation, un langage vulgarisé, et pas nécessairement simplifié, représenterait une solution au problème de communication. Ainsi, les journalistes pourraient informer en utilisant les termes justes, sans titrer à tort avec des mots «chocs» porteurs de préjugés.

Pour conclure

Les participants du symposium ont tenté de tracer les lignes directrices qui pourraient mener vers une meilleure collaboration entre les divers acteurs des domaines des médias et de la santé mentale. Cet objectif a-t-il été atteint ? Certes, le fait de participer au symposium en investissant temps et énergie est déjà un premier pas, mais la grande partie du travail à accomplir est encore à faire.... Les journalistes doivent-ils se spécialiser ? Les professionnels doivent-ils vulgariser ? Peut-on faire tomber les préjugés ? Ces questions sont au coeur du débat. Et elles devront trouver réponse. Pour l’instant, nous espérons que ces quelques notes nourriront vos réflexions et vous permettront de mieux saisir les enjeux de la problématique. À suivre...

Charles Désy, Karina Laberge et Karine Roy-Déry, étudiants au Certificat en journalisme de l’Université de Montréal.



Sur le même sujet

Sujets : Grand public, Intervenants,

Grand public

  Publications
  Événements
  Programmes et autres informations
         - Hommes
         - Les multiples visages du burnout
         - Actes de colloque
         - Services de thérapie - counselling
         - Guide
         - Répertoire des ressources
         - Stress
         - Membership
         - La relaxation - Le meilleur outil pour faire face au stress
         - Magazine Équilibre
         - Apprendre à faire face au stress
         - Dépliant
         - Offre d’emploi
         - Vivre en solo

Intervenants

  Publications
  Événements
         - Colloque annuel 2009
  Programmes et autres informations
         - Actes de colloque
         - Guide
         - Carrefour communautaire - institutionnel - usager
         - Magazine Équilibre
         - Répertoire des ressources
         - Dépliant
 
 
 
 
  |   Qui nous sommes   |   Programmes   |   Publications   |   Ressources   |   Événements   |   Santé mentale   |  

© Association canadienne pour la santé mentale - Filiale de Montréal