Contactez-nousPlan du siteAccueil
    
 
 

Article en ligne

     

Les 15-30 ans : Être ou ne pas être

Page 3

Quant à Ophélie, l’élue de son cœur, elle semble vivre son drame en vase clos. Obéissant aux interdictions parentales, elle se refuse -par peur, par faiblesse, par culpabilité ou par lâcheté- toute réplique, tout mouvement d’opposition ou de révolte. Privée de revoir Hamlet, elle sombre dans une profonde mélancolie et un désespoir qui la tue. Elle apparaît comme quelqu’un qui n’a pas choisi, elle porte des vérités qu’elle se sent contrainte de dissimuler, peut-être par crainte de perdre l’amour de son père, peut-être parce qu’elle est trop seule, peut-être parce qu’il en est ainsi pour les femmes à cette époque. Elle ne prendra pas le risque, comme Hamlet, de confronter, d’exprimer sa colère et ses désaccords, d’affirmer son désir, encore moins de simuler et de risquer de passer pour folle. Sans interlocuteur pour entendre sa détresse et la sortir de son isolement, elle jouera son attachement à Hamlet, perdra la raison puis la vie.
Combien de drames individuels, vécus en vase clos, se traduiraient en revendications légitimes, en recherche de justice, si les victimes (et les acteurs) avaient la chance de trouver un interlocuteur de confiance et d’éviter l’enfermement sur soi?

Conclusion
Un peu comme Hamlet, l’adolescent et le jeune adulte de notre société moderne se démène pour être au centre de sa vie. Il est en mal d’être. Héros déchu, il demeure un sujet qui doit se positionner, faire des choix, se libérer des contraintes imposées par la génération précédente, requestionner certaines valeurs qui lui ont été transmises, se battre pour en conserver d’autres et peut-être même réinstaurer certains interdits, se révolter contre les injustices commises par les aînés.
Comme Hamlet à son époque, il semble que le jeune d’aujourd’hui impatiente tout autant notre société dérangée par la souffrance et axée sur la quête du bonheur. On peut le trouver " incommodant " et avoir bien hâte qu’il grandisse. On a souvent que faire des détours qu’il emprunte pour s’exprimer, et ses " ruses " pour nous déstabiliser dans notre confortable statut d’adulte nous exaspèrent parfois. Prenons garde toutefois d’engendrer trop d’Ophélies et trop peu d’Hamlets!

Notes

  • Il y aurait un lien entre l’absence ou l’insuffisance d’" élaboration psychique " et la constitution de certaines névroses, dont la névrose d’angoisse (voir Laplanche et Pontalis, 1967, p. 274)
  • Il s’agit de la version cinématographique, adaptée et réalisée par Kenneth Branagh en 1997. Celui-ci y tient aussi le rôle titre. Évoquant l’universalité du drame d’Hamlet, Omesco (1987) souligne aussi sa grande plasticité. En effet, ce drame, ainsi que le rôle d’Hamlet, peuvent être interprétés suivant des points de vue très divers voire totalement divergeants, selon les données que l’on décide de retenir pour la mise en scène, lesquelles seront influencées par les valeurs et les découvertes de chaque époque. Aussi, le regard que je pose aux rôles d’Hamlet et d’Ophélie est influencé par des aspects de l’analyse que je fais des problèmes des jeunes que je rencontre.

    Références bibliographiques
    BRUCKNER, P., 2000, L’euphorie perpétuelle, essai sur le devoir de bonheur, Éditions Grasset et Fasquelle, Paris.
    LAPLANCHE, J., PONTALIS, J.-B., 1967, Vocabulaire de la psychanalyse, S.P.A.D.E.M., Paris.
    OMESCO, I., 1987, Hamlet ou la tentation du possible, Presses Universitaires de France, Paris

  • Page 3 de 3



    Sur le même sujet

    Sujet : Jeunes,

    Jeunes

      Publications
      Programmes et autres informations
     
     
     
     
      |   Qui nous sommes   |   Programmes   |   Publications   |   Ressources   |   Événements   |   Santé mentale   |  

    © Association canadienne pour la santé mentale - Filiale de Montréal