Maladie mentale, suicide et prévention. Faut-il changer son fusil d’épaule ?
Page 3 La question se pose naturellement, à savoir si les centres de prévention devraient davantage porter intérêt au rôle des troubles psychologiques et faire un effort particulier pour envoyer les appelants qui en ont un besoin en consultation. En ce qui concerne la première partie, il est évident que les personnes responsables de la prévention doivent se tenir au courant des recherches actuelles et en intégrer les principaux éléments dans l’information livrée au public. La deuxième partie de la question est plus délicate. Tout d’abord, il faut répéter qu’une proportion importante des personnes qui se suicident sont déjà suivies et que d’autres ont reçu des conseils en ce sens. Ce qui ne laisse qu’un tiers des personnes qui ne semblent pas avoir consulté ou reçu d’avis. Par ailleurs, il est évident que la consultation de professionnels de la santé mentale n’est pas une solution magique, la preuve en étant que plusieurs décès leur échappent tout comme plusieurs ont dû également échapper aux centres d’écoute téléphonique. Même si aux deux niveaux il se fait un travail admirable, le suicide pose encore des défis majeurs et non résolus. Une autre dimension de la question est que la disponibilité de traitements efficaces pour un certain nombre de troubles psychologiques n’est qu’un élément de la solution. Le plus grand obstacle est de convaincre les personnes qui en auraient besoin non seulement d’y avoir recours, mais surtout d’avoir confiance au traitement. Personne ne contestera que tout doit être fait pour alléger la souffrance morale de ceux et celles qui sont aux prises avec un problème psychologique. Mais on ne pourra pas guérir instantanément le sixième de la population qui pourrait profiter de soins et d’autres voies alternatives offertes par les centres de prévention pour aider les personnes suicidaires à surmonter leur découragement. Le suicide n’est d’ailleurs pas le seul comportement étroitement lié aux troubles psychologiques. Il est évident que l’effort thérapeutique dans ces situations ne contribuerait pas nécessairement à diminuer significativement les tragédies routières, les homicides, la violence domestique, etc. Lorsqu’un geste violent et souvent impulsif est en cause, l’effort de prévention doit tabler sur la disponibilité de l’aide à toute heure du jour ou de la nuit, la supervision des personnes, leur participation à un changement de style de vie. En conclusion, les centres de prévention doivent demeurer fidèles à leur mission originale en critiquant et en adaptant continuellement leurs activités. Leur vocation n’est pas de faire de la thérapie ou de devenir simplement des succursales pour envoyer les gens en traitement. Le Centre de prévention du suicide de Los Angeles s’est déjà laissé détourner de sa mission en prenant l’alcoolisme comme cible principale de son action, sous prétexte qu’il s’agissait d’un facteur important du suicide. La fin de l’histoire fut très triste. Les centres de prévention doivent avant tout continuer à bien faire et à mieux faire ce pour quoi ils sont compétents. L’étude de Berlin doit encourager encore plus leurs efforts, car ils s’attaquent déjà depuis fort longtemps au syndrome de suicidalité. Les bénévoles ou aidants naturels ont un rôle clé pour contrer le sentiment de découragement et le sentiment de solitude. Ils auront également à établir un plan d’action avec le suicidaire pour le sortir de son inactivité si c’est le cas et l’empêcher de ruminer des idées noires. On pourra évidemment référer en traitement si les circonstances s’y prêtent. Page 3 de 3
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