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Santé mentale et minorités culturelles

     

Durant les quatre dernières décennies, le Québec a connu de grands changements sur le plan démographique. La population montréalaise actuelle se caractérise par une grande diversité des origines ethniques, raciales et culturelles de ses membres. Cette réalité multiculturelle modifie considérablement le tissu social et complexifie davantage les défis qui se présentent.

Les communautés ethnoculturelles se définissent par le fait qu’elles sont différentes de par leurs caractéristiques physiques, leurs langues, leurs us et coutumes, leurs croyances religieuses, ainsi que leurs conceptions et leurs perceptions de la santé mentale. Ces traits distinctifs sont souvent source de nombreuses difficultés, non seulement en ce qui a trait à l’intégration à la société québécoise, mais aussi au niveau de leur adaptation fonctionnelle au mode de vie et aux valeurs québécoises.

Nombreuses sont les études qui mettent en évidence les conditions de fragilisation dans lesquelles ces communautés évoluent. Elles évoquent entre autres le contexte de survie dans lequel s’inscrit le projet d’intégration des membres de ces communautés. En plus de vivre des difficultés particulières dues au fait de se retrouver dans un nouveau pays où ils sont souvent séparés de leur famille et de leur réseau de support naturel, les immigrants doivent se positionner dans un environnement social politique, culturel et linguistique complexe. Aussi, ils sont contraints d’accepter certaines conditions d’exploitation, de discrimination pour survivre.

À cela s’ajoutent tous les bouleversements familiaux avec lesquels ils doivent composer et ce, sans pouvoir compter assurément sur un soutien adéquat des ressources disponibles de soins de santé et de services sociaux. En effet, les communautés ethnoculturelles ne s’estiment pas informées sur les ressources de soins de santé et de services sociaux disponibles. Elles indiquent que les professionnels et les intervenants ne sont pas tous sensibilisés à leurs besoins. Généralement, les services offerts en santé mentale ne sont pas adaptés aux réalités de ces personnes, ce qui n’incite pas les membres des communautés ethnoculturelles à s’en prévaloir volontairement.

Par ailleurs, les problèmes que confrontent les membres des communautés ethnoculturelles sont nombreux et variés. Il serait utile de faire un survol de quelques sous-groupes et des problématiques qui touchent le quotidien de nombre d’entre eux.

Les jeunes

Les jeunes sont de ceux qui vivent des problèmes particuliers : conflits culturels engendrés par les valeurs différentes transmises par la société et par les parents, problèmes de communication avec les parents, crise d’identité, problèmes d’intégration et choc culturel en sont des exemples. Les migrants adolescents et jeunes adultes semblent particulièrement prédisposés aux diverses formes de stress d’adaptation, car ils doivent faire face non seulement aux problèmes de croissance et de formation de l’identité qui précèdent la maturité, mais aussi à de nouvelles exigences, voire à une crise d’identité culturelle, liées à leur nouvelle situation (Léger et al. 1983; Miller, Chambers et Colemena, 1981; Naditch et Morrissey, 1976). C’est ainsi que certains chercheurs ont établi un lien de cause à effet entre le phénomène de la migration au stade de l’adolescence et certains problèmes de comportements subséquents – abus d’alcool (Morgan, Wingard et Felice, 1984), abus de drogues (Amaral Dias et al. 1981), délinquance (Burke, 1982), et dépression (Skhiri, Annabi et Allani, 1982; Beiser et Wood, 1988).

Les femmes

Quant aux femmes des communautés ethnoculturelles, elles vivent souvent en vase clos et dépendent du noyau familial. Elles sont fréquemment victimes de plusieurs formes de discriminations (sexuelle, raciale, violence conjugale, etc.) et doivent assumer, parfois seules, toutes les responsabilités se rapportant à la famille. Citons à titre d’exemple : l’unité familiale, l’éducation des enfants, l’entretien de la maison, etc. Bon nombre d’études, qualitatives pour la plupart (Voir aussi Walter, 1981), portent sur les migrantes. Elles soulignent le stress supplémentaire vécu par cette catégorie de population en raison du contraste, sur le plan du rôle de la femme, entre pays d’émigration non occidentaux et pays d’adoption occidentaux (Castro, 1982; Costello, 1980; Naidoo, 1984). Les changements qui se produisent par rapport aux rôles traditionnels familiaux, en particulier, seraient à l’origine des troubles émotifs notés chez les migrantes (Mirdal, 1985; Morokvasic, 1984; Rahim et Muklherjee, 1984). D’où le grand nombre de programmes et de services mis sur pied pour répondre aux besoins particuliers des migrantes (Crandall, Day et Reny, 1982; Marshall, 1979; Palmer, 1981). Certaines analyses quantitatives semblent également indiquer que les femmes migrantes risquent davantage de souffrir de troubles émotifs que leurs homologues masculins (Carpenter et Brockington, 1980; Halldin, 1985). Ainsi, une enquête effectuée à Montréal auprès des immigrants portugais a démontré que le pourcentage de troubles mentaux était plus élevé chez les femmes que chez les hommes (Roskies, 1978; Beiser et Wood, 1988).

La pauvreté

Les communautés visibles sont plus fragiles. En plus de vivre des problèmes d’adaptation et d’intégration, elles connaissent souvent la pauvreté et sont davantage victimes de racisme. Nous n’avons pas l’intention d’avancer que la pauvreté est le propre de ces groupes. Dans une large mesure, toutefois, bon nombre d’entre eux se trouvent dans l’obligation de travailler au salaire minimum quand ils ne font pas carrément les frais du chômage. En conséquence, ils s’installent dans des quartiers défavorisés où les tensions entre les divers groupes sont d’ordinaires vives. Cette pauvreté que connaissent les communautés ethnoculturelles trouve son fondement et sa force de reproduction dans un ensemble social complexe, En effet, cette pauvreté est le résultat de la conjugaison de plusieurs facteurs : la méconnaissance de la langue du pays d’accueil, l’absence d’une éducation poussée, la non reconnaissance de la compétence non académique, la déqualification professionnelle, la discrimination systémique dans l’emploi, etc. Ces facteurs, s’insérant dans un tout, limitent non seulement la participation active de ces immigrants à la société d’accueil, mais retardent aussi leur projet d’intégration. En fait, ces facteurs ont une nette influence sur la santé physique et mentale des membres des communautés ethnoculturelles. Les répercussions sont autant psychologiques, somatiques, culturelles que sociales : l’anxiété face à l’inconnu, la conscience d’être différent, la tristesse liée à l’isolement et à l’éloignement de son pays d’origine, l’auto-dévalorisation, la délinquance, la criminalité, etc. Il y a lieu de souligner que les problèmes vécus par les membres des communautés ethnoculturelles sont générateurs de stress et source de problèmes de santé. Ces facteurs étant, ils constituent une inégalité face à la santé et il est urgent que des initiatives soient mises de l’avant pour corriger ce fait. Il s’agit, bien entendu, d’un survol partiel des inégalités que vivent les membres des communautés ethnoculturelles. Selon nous, ces communautés, surtout celles qui sont plus visibles, disposent de très peu de ressources. Convaincue de l’importance d’agir à ce niveau, l’Association canadienne pour la santé mentale s’est dotée d’un comité dont l’objectif exprès est de favoriser l’accessibilité et l’adéquation des services en santé mentale aux besoins des personnes issues des communautés ethnoculturelles afin de faciliter leur adaptation et leur intégration à la société d’accueil.

Sources

Burke. (1982). Determinants of delinquency in female west indian migrants. Carpenter, L., Brockingston, I. F. (1980). « A Study of mental ilness in asians, west indians and africans living in Manchester ». Br. J. psychiatry, 137, pp.201-205. Castro (1982). « Women in migration : Columbian voices in the big apple », Migration Today, vol. 3 no. 3, pp.22-32. Costello (1980). « Women refuge », Migration Today, vol.8, no.4, pp.34-35. Crandall, J., Day, C. et Reny, E. (1982). « Existing programs for orientation of women refugee and migrants », Migration Today, vol.10, no.3-4, pp.33-42. Franklin, Midy. (1984). Condition immigrante et situation ethnique, Cidihca. Haldir, J. (1985) « Prevalence of mental disorder in an urban population in central sweden in relation to social class, marital status and immigration », Act. Psychiat. Scand., vol. 71, no. 2, pp.117-127. Jkhiri, Annabi et Allani. (1982). « Enfants d’immigrants : facteurs d’attachement ou de rupture », Ann Medico psycho, Paris, vol. 140, no. 6, pp.597-602. Leger et al. (1983). « Problèmes psychologiques apparus chez les réfugiés du sud est asiatique. Enquête réalisée dans un centre d’accueil à Limoges, France », Ann Medico psychologique, Paris, vol. 141, no. 1, pp.107-115. Marshall, D. (1979). « Implications for intercultural counselling », Multiculturalism, vol. 3, no. 2, pp.23-26. Merry, W. (1988). « Revue de la littérature sur la santé mentale des immigrants », Santé et culture, vol. 5, no. 1, pp.37-74. Miller, Chambers et Colleman. (1981). « Indochinese refugee, a national health needs assesment », Migration Today, vol. 9, no. 2, pp.26-31. Misdal. (1985). « The condition of « tightness » : The somatic complaints of Turkish Migrant Women », Acta psychiat Scand, vol. 71, no.3, pp.287-293. Morgan, Wingard et Felice. (1984). « Subcultural differences in alcohol use among youth », J. Adolescent Health Care, vol. 5, no. 3, pp.191-195. Morton, Beiser, Merry, Wood. (1988). Rapport du groupe de travail chargé d’étudier les problèmes de santé mentale des immigrants et des réfugiés au Canada : Puis la porte s’est ouverte, 126p. Morokvasic, M. (1984). « Birds of passage are also women », International Migration Review, vol. 28, no. 4, pp.886-907. Naditch et Morissey. (1976). « Roll stress personality, psychopathology in a group of immigrant adolescents », Journal of Abnormal Psychology. Naidoo (1984). Stressful and facilitating life experience of south asian women in Canada. Palmer, I. (1981). « Adavancement preparation and settlement needs of southeast asian refugee women », International Migration Review, vol. 19, no. 1 et 2, pp.94-101. Rahim, A. Mukherjee, A. K. (1984). « South Asians in transition, problems and challenges », Indian immigrants aid services. Roskies, E. (1978). « Immigration and mental health », Canada’s Mental Health, vol. 26, no. 2-4-6. Walter. (1981). « One year after arrival, the adjustment of Indochine Women in the United States, 1979-1980 », International Migration Review, vol. 19, no. 1 et 2, pp.129-152.

 
 
 
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