ASSOCIATION CANADIENNE POUR LA SANTE MENTALE
FILIALE DE MONTREAL

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La dépression saisonnière

Hélas, au Québec, nous pouvons dire que notre climat est plutôt bipolaire; c’est-à-dire que le 21 juin, au solstice d’été, nous avons 16 heures de soleil très intense. Par contre, le 21 décembre, au solstice d’hiver, nous avons à peine huit heures de soleil très tamisé. Pour beaucoup, la baisse de lumière s’accompagne d’une baisse d’énergie et certains présenteraient même un trouble affectif saisonnier ou une dépression saisonnière.

La dépression saisonnière se manifeste la plupart du temps vers la fin d’octobre, avec le retour à l’heure normale et la baisse de l’ensoleillement. Ensuite, les symptômes disparaissent graduellement avec l’arrivée du printemps, en général à la fin du mois d’avril.

Environ la moitié de la population connaîtra des fluctuations de l’humeur, de l’énergie et de l’appétit avec les changements de saison. Mais seulement 5% répondront aux critères stricts des troubles affectifs saisonniers. La dépression saisonnière présente les mêmes symptômes que la dépression majeure (baisse d’énergie, perte d’intérêt, trouble de concentration), mais aussi des caractéristiques neurovégétatives dites atypiques. Ainsi, nous allons avoir une hypersomnie accompagnée d’une grande fatigue, également une augmentation de l’appétit avec un gain de poids et un besoin impérieux de consommer des sucreries.

Dans une dépression majeure typique, il faut noter que la plupart du temps, il y a des problèmes de sommeil avec insomnie et une perte d’appétit.

La dépression saisonnière touche plus souvent les femmes que les hommes. Environ 80 % des sujets atteints de troubles saisonniers sont des femmes âgées de 18 à 45 ans.

Étiologie
La fréquence de la dépression saisonnière augmente avec la latitude nord où l’hiver est plus long et moins ensoleillé. La recherche démontre également une forte composante génétique. Ainsi, si un sujet prédisposé déménage dans une ville plus au nord, il a plus de chance de voir éclore sa maladie. Par contre, si un autre déménage dans le sud, il peut observer une diminution de ses symptômes. La recherche indique plusieurs causes possibles. D’une part, une modification du rythme circadien et une variation de la sécrétion de la mélatonine. Et d’autre part, une dysfonction du système sérotoninergique et une baisse de son activité chez les patients atteints de dépression saisonnière durant les saisons d’automne et d’hiver. Curieusement, certaines populations, tels les Islandais, semblent être plus résistantes à cette maladie. Elles présentent un taux moins élevé.

Traitement
Chez les gens qui présentent une baisse d’énergie avec l’arrivée de l’hiver, nous pouvons conseiller de s’exposer davantage au soleil, d’adopter une bonne alimentation et d’accroître l’activité physique. Cependant, pour les sujets atteints de dépression saisonnière, une thérapie plus spécifique s’impose. Le traitement recommandé chez le sujet souffrant de dépression saisonnière est la photothérapie. Les symptômes atypiques comme l’hyperphagie et l’hypersomnie permettent de prédire une réponse positive à la photothérapie. Avec les recommandations de leur médecin, les patients peuvent se traiter chez eux avec une lampe conçue spécifiquement pour ce traitement.

Les lampes doivent offrir une luminosité d’au moins 5 000 luxes et, également, filtrer les rayons ultraviolets associés. Les appareils de fabrication domestique sont susceptibles de ne pas offrir la bonne intensité ni la sécurité nécessaire. La thérapie type de départ est de 5 000 luxes/heure tôt le matin, c’est-à-dire avant 8 heures. Le patient utilise un appareil de 10 000 luxes pendant une demi-heure ou un appareil de 5000 luxes pendant une heure. Il s’assoit à environ 16 à 24 pouces de l’appareil et ne devrait pas le fixer directement.

Chez ceux qui ne répondent pas à cette thérapie, on pourra augmenter les périodes d’exposition par des paliers de 15 minutes. Cependant, si un traitement d’une heure n’est pas efficace, il est peu probable que la prolongation de la durée du traitement soit bénéfique. La photothérapie est plus efficace lorsqu’elle est administrée chaque matin à la même heure, dans un climat de détente.

Les effets secondaires à court terme sont habituellement minimes et comprennent une fatigue des yeux et des légers maux de tête. La photothérapie est efficace dans 50 à 68 % des cas. Si ce traitement n’est pas efficace, nous pouvons envisager l’ajout de Tryptophane, un acide aminique que nous retrouvons dans notre alimentation. Le Tryptophane est un précurseur de la sérotonine. Il permet d’augmenter le taux de sérotonine dans le cerveau. La dose habituelle est d’un gramme, trois fois par jour, accompagné d’une collation. Chez les sujets souffrant d’insomnie, le Tryptophane pourrait être donné surtout le soir, car il favorise le sommeil.

Lorsque la photothérapie et le Tryptophane ne sont pas efficaces, nous pouvons ajouter un antidépresseur. Plusieurs antidépresseurs sont efficaces, surtout ceux qui augmentent le taux de sérotonine au niveau cérébral. Le traitement se poursuit pendant les mois d’hiver et doit s’arrêter au printemps car certains sujets peuvent présenter un accès d’hypomanie avec le retour du soleil.

Certains patients peuvent présenter une dépression chronique pendant toute l’année avec une aggravation des symptômes lors de la période hivernale. Même si ces patients ne présentent pas une dépression saisonnière véritable, ils peuvent bénéficier quand même de la photothérapie à partir de l’automne, en combinaison avec les antidépresseurs.

Évolution
Les études à plus long terme démontrent que moins de la moitié des patients atteints de troubles affectifs saisonniers continueront à souffrir de dépression saisonnière à long terme. Entre 28 et 40 % souffriront de dépressions non saisonnières, alors que 14 à 18 % présenteront une rémission complète. Pour ceux qui continueront à souffrir, il faut s’assurer d’avoir une bonne lampe, une alimentation saine, une activité physique appropriée, une dose d’optimisme et, pourquoi pas, un voyage dans le sud.


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