ASSOCIATION CANADIENNE POUR LA SANTE MENTALE
FILIALE DE MONTREAL

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L’épuisement professionnel : un phénomène complexe et controversé

Le problème d’épuisement professionnel est très présent dans les professions liées à la relation d’aide. Plusieurs études scientifiques ont mis en évidence l’ampleur du phénomène. Mais qu’est-ce, au juste, que l’épuisement professionnel? En quoi ce concept diffère-t-il du stress ou de la dépression? Quelles dimensions recouvre-t-il?

Le concept d’épuisement professionnel ou burnout a été introduit pour la première fois en 1974 par le psychanalyste américain Freudenberger pour décrire l’état d’épuisement et de vide intérieur observé chez le personnel d’institutions alternatives en santé mentale et résultant de demandes excessives d’énergie ou de ressources personnelles. Les travaux de recherche en psychologie sociale réalisés par Maslach et ses collègues ont par la suite contribué au développement du concept et à sa reconnaissance au plan scientifique. L’intérêt pour le phénomène d’épuisement professionnel ne cesse de s’accroître, comme en témoignent les nombreux écrits et recherches empiriques publiés sur le sujet au cours des récentes décennies.

Plusieurs définitions et explications
Initialement, plusieurs définitions de l’épuisement professionnel ont été proposées. On relève ainsi plus d’une trentaine de définitions utilisées dans différentes publications entre 1974 et 1980. En dépit de quelques différences quant à leur conception de l’épuisement professionnel comme un état, un syndrome ou un processus et quant aux facteurs qu’elles retiennent comme causes ou effets, ces définitions présentent néanmoins plusieurs constantes et éléments communs. Toutes les définitions associent en effet l’épuisement professionnel au milieu de travail et à l’accumulation de stress au travail et reconnaissent que l’épuisement professionnel est une expérience psychologique interne négative. La plupart d’entre elles affirment que l’épuisement professionnel comporte un épuisement physique et psychologique et le développement de comportement et de sentiments négatifs envers autrui et envers soi-même. Enfin, plusieurs considèrent que l’épuisement professionnel découle de l’échec des stratégies d’adaptation utilisées face aux situations stressantes du travail.

Les trois dimensions de l’épuisement professionnel
La définition de l’épuisement professionnel que proposent Masalch et Jackson (1996) rallie désormais les différents points de vue et est maintenant couramment employée. Selon ces auteurs, l’épuisement professionnel est un syndrome psychologique impliquant un épuisement émotionnel, une approche « dépersonnalisée » de la clientèle et un faible sentiment d’accomplissement personnel.

L’épuisement émotionnel fait référence au sentiment d’épuisement et de vide intérieur provoqué par le travail, à l’appauvrissement des ressources émotionnelles et au sentiment de ne plus pouvoir donner à autrui au plan psychologique. La dépersonnalisation se manifeste par des sentiments négatifs et cyniques et des réponses impersonnelles aux clients et peut conduire à la déshumanisation progressive de la clientèle et des interventions. Enfin, le faible accomplissement personnel se reflète par des sentiments d’incompétence professionnelle et de manque de réalisation personnelle dans le travail.

L’épuisement professionnel est associé à une variété de symptômes physiques, émotionnels, cognitifs et comportementaux. Les conséquences physiques et psychologiques de l’épuisement professionnel se caractérisent principalement par une diminution de l’estime de soi, par des symptômes de fatigue, d’anxiété, de dépression et d’irritabilité et par la présence de problèmes somatiques. L’épuisement professionnel est aussi à l’origine de problème de comportement et de performance au travail, de problèmes interpersonnels avec les clients, les membres de la famille et les amis et de sentiments négatifs envers la clientèle, le travail et la vie en général. Une nouvelle appellation du stress ou de la dépression?
Le concept d’épuisement professionnel a provoqué et provoque encore de nombreux débats. Est-il vraiment un nouveau phénomène ou serait-il, comme le suggèrent certains, une autre appellation du stress au travail ou de la dépression?

Bien qu’il soit difficile de différencier de façon claire ces concepts qui partagent, il est vrai, plusieurs symptômes et manifestations et d’en définir les frontières respectives, il est néanmoins possible d’en proposer une distinction relative. Ainsi, selon Maslach, l’épuisement professionnel se distingue du stress au travail par la notion de temps. Dans cette perspective, l’épuisement professionnel est considéré comme découlant d’un stress prolongé au travail. Il s’inscrit alors comme le résultat d’un processus latent d’érosion psychologique reliée à une exposition prolongée au stress. Alors que le stress au travail renvoie à un processus d’adaptation temporaire à des situations stressantes du travail et s’accompagne parfois de symptômes physiques et psychologiques, l’épuisement professionnel fait référence à une rupture d’adaptation à laquelle vient se greffer un dysfonctionnement chronique.

Par ailleurs, l’épuisement professionnel se distingue de la dépression par le domaine qu’il implique. Les manifestations ou symptômes de l’épuisement professionnel sont reliés spécifiquement au milieu du travail et non généralisés à l’ensemble des domaines de la vie personnelle. À l’inverse, la dépression se caractérise par une généralisation des symptômes à toutes les sphères et à toutes les situations de la vie. En ce sens, Maslach suggère que la dépression n’est pas reliée au contexte alors que l’épuisement professionnel est reliée au contexte de travail.

Enfin, soulignons que l’épuisement professionnel est rarement reconnu comme une maladie professionnelle par les employeurs ou par les tribunaux du travail, pour fins d’indemnisation. En outre, l’épuisement professionnel n’est pas prévu comme catégorie diagnostique dans le DSM (Diagnostic and Statistical Manual de l’American Psychiatric Association). À cet égard, un groupe d’experts montréalais (Bibeau et al., 1988) a recommandé de considérer l’épuisement professionnel comme un « trouble d’adaptation avec inhibition du travail ». Bien que cette proposition comporte le risque d’une stigmatisation des personnes en accolant à l’épuisement professionnel l’étiquette de maladie mentale, elle représente néanmoins l’avantage de pouvoir ainsi contribuer à une reconnaissance officielle de cet important problème personnel et social.

L’épuisement professionnel entraîne des conséquences négatives sur la santé physique et psychologique des travailleuses et travailleurs, sur les coûts pour l’organisation aux plans de l’absentéisme et du roulement du personnel et sur la qualité des services offerts. Il importe donc que la prévention de ce problème, intimement liée à la qualité de vie au travail, fasse l’objet d’une préoccupation réelle de toutes les personnes concernées.

Références
Bibeau, G. et autres (1988). Certains aspects culturels, diagnostiques et juridiques du burnout, Montréal : Confédération des syndicats nationaux.
Maslach, C., et S. E. Jackson (1996). Maslach Burnout Inventory Manual, 3e éd. Palo Alto, CA : Consulting Psychologists Press.
Schaufeli, W. B., C. Maslach et T. Marek (1993). ProfessionnalBurnout : Recent developments in theory and research, Washington DC : Talor and Francis.


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